Le projet : 2015 - 2024
Les matériaux collectés sur le marae et actuellement en cours d'analyse comprennent : des assemblages de coquillages marins, des os de porc, des milliers d'arêtes de poisson et du charbon de bois. Fin 2022, une découverte majeure a également été faite sur le marae : la sépulture d'un nourrisson. Conformément au protocole professionnel strict applicable au traitement des restes humains, et après consultation du comité culturel de la Tetiaroa Society, il a été décidé de procéder à une analyse en laboratoire des ossements. Nous avons pu prélever des échantillons pour extraire l'ADN et effectuer des analyses chimiques, ainsi que mesurer tous les os. L'ADN a révélé que l'enfant était une fille. Sur la base de plusieurs mesures osseuses, son âge au moment du décès a été estimé entre 1 et 2 ans, sans signe de traumatisme ou de maladie. Une analyse préliminaire au radiocarbone a donné une date de 271 +/- 18 BP, soit le milieu du XVIIIe siècle.
En mai 2023, une cérémonie organisée par le Comité culturel TS a eu lieu à Onetahi afin de réinhumer l'enfant à l'endroit où elle a été découverte. Lors de la cérémonie, nous avons pu reconstituer la séquence de construction de la fosse grâce à des études microscopiques. Des analyses supplémentaires des phytolithes et du charbon de bois sont prévues en 2024, mais un article scientifique est déjà en préparation et rendra compte de cette étude novatrice.
En 2023, l'équipe du CIRAP a également obtenu une subvention de quatre ans de l'Agence nationale de la recherche (France) pour un projet intitulé PASTAtolls – Approche multidisciplinaire des socio-écosystèmes des atolls polynésiens dans le temps. Parmi les atolls ciblés dans ce projet figure Teti'aroa et notre équipe poursuivra le programme de fouilles à partir de 2024, notamment avec des reconstitutions paléoenvironnementales et une étude approfondie des dynamiques entre les Polynésiens et leurs écosystèmes terrestres et marins.
Tetiaroa occupe une place très particulière dans la culture et l’histoire tahitienne. La Tetiaroa Society poursuit l’inventaire des sites archéologiques de l’atoll, commencé par le Professeur Sinoto, et propose des programmes de formation aux techniques archéologiques sur le terrain.
Tetiaroa est le seul atoll qui se trouve dans les Iles de la Société en Polynésie française. Dans les données ethnohistoriques on décrit l’atoll comme ayant été le second lieu de résidence de la famille royale tahitienne de Pare au XVIIIe siècle. Cependant, hormis cela, l’histoire de Teti’aroa reste relativement inconnue du fait que l’atoll est archéologiquement insuffisamment étudiée.
Des îlots restés inhabités depuis des decennies sont couverts d’une dense végétation qui cache probablement davantage de vestiges archéologiques. Ainsi, un exposé complet de toutes les structures est certainement hors de portée (impossible) . Cependant, bien que nous nous concentrions sur les ensembles d’habitations et de marae, notre étude systématique couvrait toute la surface de ces îlots.
Pour preserver les espèces indigènes et la végétation en général, les sites étaient dégagés sans trop perturber l’environnement.
Les Marae qui servaient de lieux de rencontre avec les déités et les ancêtres sont d’un intérêt particulier aux yeux des archéologues car ces marae font la lumière sur les rites anciens, et révèlent le statut socio-politique et l’identité des populations associées.
Vingt sites ont déjà été identifiés comme marae sur l’atoll du fait qu’ils présentent les caractéristiques propres à l’architecture cérémoniale polynésienne.
On peut classifier les marae en trois types principaux, selon leur systéme de cour.
- Type 1, le marae à cour ouverte montrant une plate-forme (ahu) de pierres et cistes dressées et regroupées dans une zone où les limites ne sont plus visibles aujourd’hui mais il aurait pu y avoir des enclos (des murs d’enceinte) faits de végétaux.
- Type 2, des enceintes plus simples, rectangulaires et trapézoïdales montrent une cour délimitée par une simple dalle de corail.
- Type 3, enceintes à double parement présentent une architecture plus élaborée. Ces enceintes sont présentes dans les plus grands marae.
En 2015, une base de données mondiale du Système d'Information Géographique (SIG) a été créée pour Tetiaroa Society par l'Université de Polynésie Française. Cette carte SIG comprend toutes les images aériennes, satellitaires et LIDAR disponibles, les cartes des installations de la station du Brando sur le motu Onetahi, les cartes de végétales, la base de données sur les nids de tortues et d'autres données. Les cartes vectorielles détaillées des sites archéologiques de Teti'aroa sont également ajoutées à cette base de données SIG multi-thématique.
Cet effort de cartographie implique des mesures GPS sur le terrain afin d'enregistrer avec précision l'emplacement des structures et de les associer avec nos cartes détaillées.
À l'heure actuelle, quatre-vingt-dix structures archéologiques ont été enregistrées (Molle et Hermann 2016), qui seront toutes incluses dans le SIG.
