Principaux objectifs :
L’altération du fonctionnement des écosystèmes suite à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes est particulièrement dommageable, pour l’environnement comme pour les activités économiques. Ce projet vise à caractériser les effets sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes de trois espèces introduites sur de nombreuses îles de la Polynésie française. En utilisant l’atoll de Tetiaroa comme laboratoire naturel, nous nous focaliserons sur le cocotier Cocos nucifera, cible d’un plan de gestion sur l’atoll, le moustique Aedes polynesiensis, cible d’un futur programme d’éradication à Tetiaroa, et l’abeille domestique Apis mellifera, dont les fonctions écologiques sur les atolls restent méconnues.
Cette thèse étudiera certains effets de ces espèces sur les crabes terrestres, la faune du sol, les communautés d’oiseaux marins et d’insectes pollinisateurs, et sur une série de fonctions écosystémiques clés (flux de nutriments, décomposition de la litière, pollinisation). Ce projet facilitera ainsi la prise de décision quant à la gestion des espèces introduites en anticipant les effets indirects probables des mesures de gestion. Construit pour et avec Michaël Demortier, étudiant ayant l’ambition de poursuivre une carrière académique sur le territoire, et avec Hervé Bossin (ILM), cette thèse établira un pont entre trois projets en cours, portés par diverses structures aux compétences complémentaires : le projet InvEcoF, porté par l’IRD et l’UPF et soutenu financièrement par l’ANR; le projet TAME, porté par l’ILM et Pacific Beachcomber; et le projet TARP, porté par la Tetiaroa Society FP.
Résumé des actions de terrain :
Un inventaire des nids de fou brun (Sula leucogaster) a été réalisé sur les trois motu abritant les plus importantes colonies de reproduction, à savoir Horoatera, Tiarauunu et Tahuna Iti. Cette action visait à évaluer l’impact des moustiques sur le succès reproducteur de l’espèce.
Des campagnes de capture de moustiques ont été menées simultanément au sein des colonies. Des caméras ont été installées à proximité des nids afin de documenter d’éventuels comportements d’irritation ou de stress liés à une forte densité de moustiques.
Plusieurs paramètres ont été mesurés, incluant la distance des nids à la ligne de végétation, la taille des œufs pondus, ainsi que le suivi du développement des œufs éclos, depuis l’éclosion jusqu’au stade de l’envol.
Les moustiques ont été capturés au sein des colonies des trois motu en triplicat à l’aide de pièges BG-Pro, fournis par l’équipe de Hervé Bossin (ILM de Paea). Des captures ciblées ont également été réalisées directement au niveau de nids individuels à l’aide de dispositifs adhésifs.
Résultats préliminaires :
Sur la période comprise entre janvier et juillet 2025, un total de 590 nids de fou brun (Sula leucogaster) a été recensé. La répartition des nids varie selon les sites étudiés, avec 176 nids sur Tahuna Iti, 265 nids sur Horoatera et 149 nids sur Tiarauunu.
Perspectives :
Les prochaines étapes du projet porteront sur l’analyse approfondie des données collectées et la mise en relation des résultats d’inventaire des nids avec les données issues des captures de moustiques, afin d’évaluer leur influence potentielle sur le succès reproducteur du fou brun (Sula leucogaster).
Cette phase d’analyse s’inscrira dans une collaboration scientifique avec l’équipe de Beth Gardner et Sarah Converse, visant à croiser les paramètres écologiques mesurés sur le terrain avec les indicateurs de succès de reproduction.
Par ailleurs, une nouvelle campagne de terrain est envisagée sur la période d’octobre–novembre, en lien avec l’étude de la phénologie du Tahinu, afin d’intégrer les dynamiques saisonnières de la végétation dans l’interprétation des interactions entre habitat, moustiques et reproduction des fou bruns.