Les frégates sont fascinantes.
Reines incontestées du ciel, elles peuvent atteindre jusqu’à deux mètres d’envergure pour certaines et ont la capacité extraordinaire de rester en vol pendant des jours, voire plus de deux mois, sans jamais se poser. Pour cela, les frégates doivent aussi se reposer. Elles le font en vol en dormant par hémisphères cérébraux (tout comme les dauphins). Suivant les courants d’air ascendants, elles planent sans battre des ailes et dorment même en plein vol !

Frigate pair
En tahitien, on les appelle Ōtaha, et ici, à Tetiaroa, on observe régulièrement deux espèces : la frégate du Pacifique (Fregata minor), le plus grand oiseau marin de Polynésie, et la frégate ariel (Fregata ariel), plus petite et plus agile, parfois surnommée « l’acrobate du ciel ».
Comment distinguer ces deux espèces à Tetiaroa ?
La frégate du Pacifique : chez la femelle, une large tache blanche couvre le cou et la poitrine, tandis que le mâle est entièrement noir. On les retrouve principalement sur le motu Hira’anae.

femelle frégate du Pacifique

mâle frégate du Pacifique
La frégate ariel : chez la femelle, une tache blanche circulaire orne le ventre, tandis que le mâle arbore deux tâches blanches symétriques aux aisselles. On les retrouve majoritairement sur le motu Tauvini.

Femelle frégate ariel

mâle frégate ariel
Comme toutes les frégates, les mâles possèdent une poche rouge vif sous la gorge, qu’ils gonflent en période de reproduction pour attirer les femelles. Les juvéniles se reconnaissent à leur tête rousse. un spectacle impressionnant qui peut durer jusqu’à 20 minutes.

Un oiseau marin qui craint l’eau ?
Avec ses longues ailes effilées, sa queue fourchue et son long bec, la frégate possède un corps aérodynamique parfaitement adapté au vol. Mais bien que très à l’aise dans les airs, cet oiseau marin l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’être sur terre et en mer. Étonnant mais vrai, ses plumes ne sont pas imperméables et elle se retrouve alors contrainte de capturer calamars et petits poissons à la surface de l’eau. L’atterrissage sur l’eau étant très risqué et très maladroite pour décoller du sol, elle préfère nicher dans les arbres.
frégates juvéniles
Parfois elle pratique le kleptoparasitisme, une technique qui consiste à harceler d’autres oiseaux pour leur voler leur proie, ce qui leur vaut le surnom de « pirates du ciel ». Cette technique de pêche nécessite un long apprentissage des juvéniles, qui restent sous la dépendance des parents pendant plus d'un an.
Dans la culture polynésienne, les frégates sont des oiseaux sacrés, messagers du dieu Oro, dieu de la guerre et de la paix. Les voir planer au-dessus du lagon nous relie aux navigateurs, conteurs et pêcheurs qui, depuis des siècles, ont observé ces mêmes oiseaux dans le vent.
La présence de ces frégates est un très bon signe : elle montre que l’écosystème de l’atoll est sain et suffisamment protégé pour accueillir ces oiseaux sensibles. Les pêcheurs tahitiens savent que la frégate en haute mer est le signe annonçant la présence de gros prédateurs comme les gros thons ou marlins.

Plus nous les observons, plus nous nous posons de questions — et c’est peut-être là l’essentiel. En attendant, continuons à lever les yeux vers le ciel.